« Sans l’Église, nous serions déjà morts »

Des archevêques de Syrie et du Nigeria évoquent la situation des chrétiens dans leur pays respectif

05/02/2018 Louvain – Un archevêque nigérian et un archevêque syrien ont insisté sur la situation dramatique actuellement vécue par les chrétiens du Nigeria et de Syrie, au cours d’une conférence de presse accordée en fin de semaine dernière à Cologne à l’Œuvre catholique de bienfaisance « Aide à l’Église en Détresse ». Mgr. Matthew Man-Oso Ndagoso, archevêque de Kaduna, dans le nord du Nigeria, et Mgr. Joseph Tobji, archevêque maronite d’Alep (Syrie), nous ont avertis de la violence et des menaces persistantes ainsi que du grand nombre de réfugiés en fuite, et même d’une possible extinction du Christianisme dans leurs régions d’origine respectives.

Mgr. Joseph Tobji, archevêque maronite d’Alep (Syrie)

Même si, en Syrie, « l’État islamique » a presque disparu, il existe de nombreux groupes similaires qui sont en activité, estime Mgr. Tobji. Il a certes souligné qu’en Syrie et à Alep, la vie revenait lentement et les gens reprenaient courage, mais selon lui les conséquences de la guerre se ressentent encore.

« Tout le peuple syrien est perdant » déclare l’archevêque. « Partout règnent la pauvreté, le chômage. Les maisons et la coexistence sociale et morale ont subi d’incroyables dégâts, il y a du découragement et de la méfiance envers l’avenir ». Ici, le soutien de l’Église est particulièrement important. Il a particulièrement remercié le dévouement et la générosité de « l’Aide à l’Église en Détresse ». « Beaucoup de gens en Syrie l’admettent ouvertement : sans l’Église, nous serions morts », déclare Mgr. Tobji.

Il a critiqué le rôle de la communauté internationale : « Il est parfaitement clair pour tout le monde que les raisons d’une guerre aussi catastrophique que nous traversons maintenant depuis sept ans n’ont rien à voir avec la demande de démocratie ou de liberté. Il s’agit plutôt du sale petit jeu de l’économie mondiale ». Les principaux facteurs sont le commerce des armes, la question des ressources telles que le pétrole et le gaz, la situation économique et géographique favorable du pays et les antagonismes de la politique mondiale. Pour les puissances du monde, la Syrie est comme une tarte dont tout le monde veut avoir la plus grosse part.

Les conséquences dramatiques de l’émigration

Ce sont surtout les jeunes et les personnes instruites qui ont fui la Syrie à cause de la guerre et du manque de perspectives d’avenir. Les conséquences de l’émigration sont dramatiques : le nombre de chrétiens en Syrie a été divisé par trois. Les réfugiés intérieurs reviennent certes peu à peu chez eux, mais ceux qui étaient partis à l’étranger y sont restés.

Dans le nord du Nigeria aussi, des milliers de personnes ont fui la guerre, les menaces et l’oppression. Les chrétiens sont non seulement exposés aux attaques du groupe terroriste islamiste Boko Haram, mais aussi à une discrimination systématique, et sont désavantagés par l’État », dit Mgr. Matthew Mano-Oso Ndagoso, archevêque de Kaduna.

Le Nigeria est le seul pays au monde où la population de chrétiens et de musulmans soit à peu près la même, avec plus de chrétiens dans le sud, et surtout des musulmans dans le nord. C’est surtout sa ville épiscopale de Kaduna qui est un important centre de l’Islam au Nigeria, explique l’archevêque.

Nigeria : l’instruction religieuse chrétienne a été partiellement interdite

Dans certains États du nord du Nigeria, la législation islamique de la charia a même été introduite. De même, l’instruction religieuse chrétienne n’est plus autorisée dans certaines provinces du nord du Nigeria ; ce n’est pas le cas de l’instruction religieuse islamique. Les professeurs de religion islamique sont employés par l’État et sont rémunérés par des fonds publics. Les mosquées sont également construites avec de l’argent public, tandis que l’on refuse aux chrétiens les terrains sur lesquels ils pourraient construire des églises.

Mgr. Matthew Man-Oso Ndagoso,
archevêque de Kaduna

Mgr. Ndagoso a donc exigé, notamment pour la minorité chrétienne du nord, « un traitement juste, fondé sur l’équité et d’honnêtes relations de réciprocité, indépendamment de la croyance religieuse, de l’appartenance tribale, de l’affiliation politique et du statut social. Les chrétiens du Nigéria veulent que leurs droits fondamentaux et leur liberté soient respectés et préservés dans tout le pays ».

L’archevêque a explicitement salué le soutien et la solidarité manifestés par l’Œuvre internationale catholique de bienfaisance « Aide à l’Église en Détresse », « qui a toujours été là pour notre peuple en cas de détresse ». En raison de l’incertitude de la situation, même certains évêques n’oseraient pas aller dans le nord du Nigeria. « L’Aide à l’Église en Détresse » est un « porte-parole » qui fait connaître au public, à l’échelle internationale, les peurs, les craintes, les soucis et les difficultés de la minorité chrétienne persécutée.

Il est donc d’une urgente nécessité de se solidariser avec les chrétiens persécutés du monde entier, a réaffirmé Berthold Pelster, expert en droits de l’Homme de « l’Aide à l’Église en Détresse », dans les explications qu’il a données lors de l’événement organisé par l’Aide à l’Église en Détresse Allemagne. « Nous observons une avancée des idéologies religieuses intolérantes depuis environ trente à quarante ans, en particulier dans certaines parties du monde islamique. Les bouleversements dans le monde arabe depuis 2011 ont débouché sur de terribles excès. Des idées radicales islamiques se répandent maintenant de plus en plus sur le continent africain ».

Il est donc crucial que le public mondial soit sans cesse informé des violations du droit fondamental à la liberté religieuse. Les chrétiens persécutés et affligés puisent leur force surtout dans leur foi, en sachant qu’ils ne sont pas abandonnés à leur sort par l’Église universelle.

L’Aide à l’Église en Détresse témoigne de la persécution des chrétiens dans le monde entier et observe le développement de la liberté religieuse dans 196 pays. La Fondation pontificale est l’unique organisation non gouvernementale qui publie régulièrement ses conclusions, tous les deux ans (Religious-Freedom-Report.org). Le prochain rapport mondial sur la liberté religieuse sera présenté à l’automne de cette année.

Par Tobias Lehner

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