Pétition contre la Loi anti-blasphème au Pakistan

Une loi qui a basculé avec le processus d’islamisation de la société

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La Loi anti-blasphème est contenue dans le Code Pénal du Pakistan, explique le Conseil Œcuménique des Eglises (COE) dans une Déclaration sur l’abus de la Loi sur le blasphème et la sécurité des minorités religieuses au Pakistan, le 1er septembre 2009.

Cette loi a été introduite originellement en 1860 par les Britanniques dans l’Inde alors indivise. En 1927, le paragraphe 295 a été ajouté au Code pénal pour traiter les « actes délibérés et malveillants avec l’intention d’outrager les sentiments religieux d’un groupe quelconque en insultant sa religion ou sa croyance religieuse ». En vertu de cette disposition, une protection était assurée à tous les groupes religieux sur pied d’égalité. La condamnation intervenait s’il était prouvé que l’accusé avait agi délibérément ou intentionnellement de manière à blesser ou insulter les sentiments religieux d’une personne. Après la fondation du Pakistan en 1947 et pendant 40 ans, la loi sur le blasphème alors en existence a été jugée adéquate.

Durant cette période, aucun gouvernement n’a éprouvé le besoin de la modifier, jusqu’au moment où le général Zia Ul Haq, de 1980 à 1986, introduisit un certain nombre d’amendements au Code pénal, à l’instigation des partis islamiques du pays. Ainsi, le paragraphe 295B(1) introduit la prison à perpétuité pour quiconque reconnu coupable de profanation envers le Coran, et le paragraphe 295C(2) la peine de mort en cas d’insulte contre le Prophète. La loi sur le blasphème est donc inséparable du processus d’islamisation de la société, dont le droit est basé sur la charia.
 

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Un moyen entre les mains des extrémistes

Depuis lors, les chrétiens minoritaires au Pakistan ont subi de manière croissante des humiliations et des persécutions en raison d’allégations mensongères en vertu de la loi anti-blasphème. C’est « un instrument d’oppression très perfide », déclare Marc Fromager, directeur de l’AED-France. Pourquoi ?

- parce qu’elle n’est pas précise dans sa formulation. Elle ne fait pas la différence entre une action délibérée ou pas. Elle ignore l’état psychologique de la personne ou la méconnaissance que peut avoir la personne des conséquences de certaines de ses actions. La loi ne définit pas le comportement attendu des citoyens à l’égard de Mahomet et du Coran.

- parce que sur le simple témoignage d’un plaignant, la personne en cause est immédiatement placée en détention. Une personne peut donc être accusée sans preuve.

- parce que le plaignant jouit d’un statut d’impunité compte tenu de la loi.

- parce qu’on assiste le plus souvent à un simulacre de jugement. Les extrémistes y sont le plus souvent présents afin d’empêcher toute possibilité d’acquittement. Les procès s’éternisent et les amendes se font de plus en plus lourdes. Ces arrestations sont aussi une manière de récupérer la propriété du voisin.

- parce qu’elles sont utilisées pour régler des comptes. On compte ainsi parmi les personnes accusées d’éminents savants, professeurs, écrivains, journalistes et penseurs libéraux - comme par exemple le Dr. Akhtar Hameed Khan, le Prof. Zahid Hussain, le Prof. Itrat Kazmi, le Dr. Younis Sheikh (Islamabad), le Dr. Younis Sheikh (Karachi), Mr. Naimat Ahmer, Mr. Munawar Mohsin, Yousaf Ali et plein d’autres – mais également, dans un pays à 95 % musulman où les chrétiens ne représentent qu’1,6 % de la population, beaucoup de croyants minoritaires.

Ces lois sont par conséquent un moyen entre les mains des extrémistes qui les utilisent pour éliminer ceux qu’ils considèrent comme leurs adversaires.

Une violation des droits de l’homme

Les arrestations, assassinats, massacres et pillages vont en s’accroissant depuis la promulgation de ces lois. Des centaines de lieux de culte ont été détruits. Récemment en août 2009, 8 chrétiens étaient brûlés vifs à Gojra. Il faut savoir qu’au Pakistan, les enlèvements, viols, mariages et conversions obligatoires des femmes chrétiennes par des hommes musulmans ne sont pas poursuivis. Si une femme vient se plaindre d’un viol, il n’est pas exclu qu’elle soit accusée d’adultère.

Au total, de 1986 à 2010, la Commission Justice et Paix de la Conférence des Evêques Catholiques avance le chiffre de 993 victimes innocentes, dont 120 chrétiens, 442 musulmans et 417 ahmadis (mouvement issu de l’islam et considéré comme hérétique par la majorité des musulmans), 14 hindous. Au Pakistan, la Commission Nationale Justice et Paix, des responsables religieux, les Eglises du monde entier et d’innombrables ONG ont condamné cette loi comme étant « une épée de Damoclès planant sur les têtes des minorités pakistanaises, et une claire violation de la constitution pakistanaise et des droits de l’homme ».

« La loi anti-blasphème contenue dans le PCC (code pénal du Pakistan) accomplit la ruse la plus grivoise qui soit, donnant à notre nation une piteuse image d’elle-même », écrit Rafia Zakaria dans l’éditorial du Daily Times, le 8 Août 2009. « Il est vrai que la discrimination existe partout dans le monde, mais quand elle est légitimée et légalisée, cela devient une honte pour toute la société qui autorise son existence », poursuit-il.

Peut-on indéfiniment se taire et laisser faire sans que « la honte » ne nous submerge à notre tour ? Signez la pétition placée sur le site français de l'AED:

 

SIGNEZ LA PÉTITION ICI

 

 

(1) L’article 295-B est formulé précisément ainsi dans le Code Pénal du Pakistan :
295-B. Defiling, etc., of Holy Qur'an : Whoever wilfully defiles, damages or desecrates a copy of the Holy Qur'an or of an extract therefrom or uses it in any derogatory manner or for any unlawful purpose shall be punishable with imprisonment for life.
Sec. 295-B added by P.P.C. (Amendment) Ordinance, I of 1982.

(2) L’article 295-C est formulé précisément ainsi dans le Code Pénal du Pakistan :
295-C. Use of derogatory remarks, etc., in respect of the Holy Prophet: Whoever by words, either spoken or written, or by visible representation or by any imputation, innuendo, or insinuation, directly or indirectly, defiles the sacred name of the Holy Prophet Muhammad (peace be upon him) shall be punished with death, or imprisonment for life, and shall also be liable to fine.
Sec. 295-C ins. by the Criminal Law (amendment) Act, 111 of 1986, S. 2