L’or, quand il fait le malheur d’une nation
15/05/2009
Un prêtre de la République Démocratique du Congo raconte que l’exploitation illégale de minerais nourrit l’instabilité dans le pays et augmente les craintes de nouvelles attaques rebelles.
Le Père Justin Nkunzi, directeur de la commission pour la paix et la justice de l’Archdiocèse de Bukavu, a demandé au gouvernement congolais d'assurer que le marché des minerais, comme l’or, ne bénéficie pas à des groupes paramilitaires responsables de nombreux actes de violence dans le pays. Il a appelé les responsables industriels et les gouvernements étrangers à améliorer la transparence et à s’informer pour connaître la source véritable de l’or qu’ils achètent. Ainsi, en visite au bureau anglais de l’Aide à l’Église en Détresse, il affirme ceci : « Si vous achetez des diamants et de l’or en provenance des zones tenues par les rebelles, vous les soutenez dans leurs exactions et vous leur permettez d’acheter davantage d’armes pour continuer la guerre. »
La RDC doit faire face à de nombreux problèmes dus à l’instabilité: violences sexuelles, enfants-soldats, réfugiés fuyant les conflits,… Cette instabilité est le résultat de la présence des rebelles dans la région, rebelles soutenus et hébergés par des pays frontaliers (Rwanda, Burundi,…). Mais elle a surtout sa raison d’être dans la présence des richesses minérales de l’est du Congo, tant convoitées. Dans ce contexte de violence extrême où les enfants sont poussés à porter les armes dès 10 ans et où les femmes sont régulièrement violées par les milices (ou même par l’armée régulière), l’Église doit être partout présente pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. « Chacun doit faire ce qu’il peut pour apporter la paix, d’abord dans son propre cœur, puis dans sa famille et enfin dans la communauté toute entière », nous dit le Père Justin.
Il est par exemple essentiel de réintégrer dans la société les enfants et les adolescents qui se trouvent dans des camps d’entraînement au cœur de la forêt. Mais la tâche n’est pas simple. Car, comme le déplore le Père Justin : « Si quelqu’un sait se servir d’une arme et que c’est tout ce qu’il sait faire, ce n’est pas facile de le changer de voie. Il faudrait qu’ils soient formés dans les villages. En fait, ces jeunes devraient être instruits où qu’ils soient. »
Quant aux viols, le Père Justin Nkunzi les assimile à une forme de terrorisme, à une stratégie pour détruire la famille et à démoraliser les populations locales. Les femmes sont traumatisées ; les hommes sont humiliés. Mais le véritable problème, c’est l’impunité de ces crimes. C’est une chose dont l’Église doit parler. Car la justice est le ferment de la paix. « C’est le ministère de Jésus que d’apporter partout la paix et la réconciliation », ajoute notre prêtre. C’est en ce sens qu’il demande que l’on porte le Congo dans nos prières. Il demande que l’on soutienne les nombreux prêtres, les sœurs et tous les religieux qui agissent chaque jour pour aider la population et guérir les blessures.
Nous avons reçu un appel de toutes les supérieures des congrégations du Kivu pour proposer une formation et pour coordonner une action conjointe. Le Kivu a encore été touché de plein fouet par la guerre ces derniers jours. Les responsables rebelles menacent de se retirer du programme de pacification signé avec l’État parce que, selon eux, celui-ci ne remplit pas ses obligations. Pourtant plein d’espoir, Père Justin conclut : « Puisse Dieu bénir tous ceux qui vous aident à nous aider, ensemble nous pouvons répondre à de nombreux problèmes dans notre pays ».
Si vous désirez nous aider ou si vous voulez en savoir plus sur notre projet au Kivu veuillez cliquer ici.
Par John Newton
